Les laptots, ancêtres des tirailleurs sénégalais

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Laptot, nom commun masculin d’origine wolof (langue parlée au Sénégal, en Mauritanie et en Gambie), désignant dès la deuxième moitié du 18ème siècle un matelot, piroguier ou batelier d’Afrique de l’Ouest employé par les Français comme auxiliaire militaire. Les premiers laptots étaient originaires de Saint-Louis du Sénégal ou de l’île de Gorée, où les Français s’établissent dès 1659.

Au fur et à mesure de la conquête coloniale, les laptots – désormais originaires de toutes les régions d’Afrique sous domination française – deviennent un véritable corps d’armée. Ils aident toujours à la navigation mais participent aussi aux expéditions militaires où ils servent comme soldats, guides et interprètes. Ils sont armés et équipés d’un uniforme. A ce titre, ils peuvent être considérés comme le premier « régiment indigène », avant les tirailleurs sénégalais, constitués en 1857.

Malamine Camara, le plus célèbre des laptots

Le Sergent Malamine Camara
source
Wikipédia

Malamine Camara est né vers 1850 au Sénégal. Il participe, avec le grade de sergent, à l’expédition de Pierre Savorgnan de Brazza en 1880 qui remonte le fleuve Congo. Véritable homme de confiance de Brazza il restera avec un petit détachement au lieu où sera ensuite fondé Brazzaville. Il y rencontrera à deux reprises Henry Morton Stanley et le dissuadera d’annexer la rive droite du fleuve pour le compte du roi des Belges. Décoré de la Médaille Militaire, il décédera à Dakar en janvier 1886.

Quasiment inconnu en France aujourd’hui, le Sergent Malamine l’était pourtant jusque dans les années 1930. Il est cité dans les récits de Brazza qui le présente comme le sauveur de la mission et l’initiateur de la colonisation du Congo. Stanley l’évoque aussi dans ses Mémoires et les journaux français le mentionnent régulièrement jusqu’à la fin des années 30. Un bateau remorqueur construit au Havre en 1889 portera son nom et son histoire fera même l’objet d’une dramatique radio en 1939.

A Dakar, un lycée et une rue portent son nom. A Brazzaville, une rue a également été baptisée en son honneur.

Pour aller plus loin :

  • Sur les laptots « civils » employés par les commerçants européens : François Manchuelle, « Les laptots : migrants royaux », in Les diasporas des travailleurs soninké (1848-1960) : migrants volontaires, Karthala, 2004
  • Pierre Savorgnan de Brazza, Conférences et lettres sur ses trois expéditions dans l’Ouest Africain 1875-1886, Paris, 1887
  • Catherine Coquery-Vidrovitch, Enjeux politiques de l’histoire coloniale, Agone, 2009