Angoulême – Bizerte – Djibouti : le parcours de Marie

Marie a 20 ans lorsqu’elle épouse Alexandre en 1887 à Angoulême. Ils se sont peut-être rencontrés sur leur lieu de travail, l’une des nombreuses usines de papier de la ville. Six ans après son mariage, Marie a quatre enfants – 3 garçons et une fille – et a abandonné son emploi. Seul le salaire d’Alexandre fait vivre la famille.

C’est probablement pour mieux gagner sa vie qu’il postule pour un poste de mécanicien aux Chemins de Fers de Tunisie. Nous sommes en 1901 et c’est une sacrée expédition de partir en famille si loin. Dans quel état d’esprit est Marie ? A-t-elle peur ? Est-elle enthousiaste ? Les adieux aux proches sont rapides, son père est décédé, sa mère et son frère Eugène vivent désormais en région parisienne.

Partir

Après un très long voyage, à la fin de l’été, Marie et sa famille sont à Tunis dans un petit appartement à côté de la gare. Quel choc, quels changements pour elle qui n’a jamais quitté Angoulême ! Avait-elle-même déjà vu la mer auparavant ? Quelques mois après, ils déménagent à Bizerte, au nord-ouest de Tunis. La famille prend ses marques, les enfants grandissent : Irène se marie en 1905, Albert travaille comme son père aux Chemins de Fer.

Bizerte vers 1910

La vie doit s’écouler agréablement en Tunisie, Marie devient grand-mère et seuls ses deux plus jeunes fils, Léon et Alexandre fils, vivent encore à la maison. Pour quelles raisons le couple décide-t-il alors de partir en 1910 pour Djibouti ? Les travaux du chemin de fer reliant Djibouti à Addis-Abeba viennent de reprendre après quelques années d’interruption : les salaires proposés sont-ils plus élevés ? Les fils, qui ont maintenant 18 et 16 ans, y ont-ils plus de perspectives d’avenir? Marie a 43 ans et, de nouveau, elle abandonne tout : sa maison, ses deux aînés, ses petits-enfants, ses amis, son quotidien, la douceur de la vie méditerranéenne pour tout recommencer  dans une ville qui existe depuis 20 ans à peine où le confort est sommaire et le soleil brûlant. Le voyage de Bizerte à Djibouti doit probablement se faire sur un paquebot des Messageries Maritimes, peut-être ont-il dû rejoindre Marseille. Ils passent le canal de Suez, naviguent en Mer Rouge, longent les côtes éthiopiennes…

Djibouti vers 1910

Revenir

1914. La Grande Histoire bouscule maintenant la vie de Marie. Ses deux fils sont mobilisés et partent combattre en France. Son mari décède et elle se retrouve seule à Djibouti. Alors Marie part, long voyage de retour, jusqu’en région parisienne près de son frère Eugène et de son fils Léon, hospitalisé quelques mois après une grave blessure d’obus. Albert, le fils aîné resté en Tunisie, s’est marié lui aussi, d’autres petits enfants sont nés… Peut-être Marie reprend-t-elle espoir mais tous sont si loin et elle doit trembler pour ses fils pris dans ce conflit qui n’en finit pas. 8 novembre 1918, on prévient Marie : son petit dernier, Alexandre, est décédé près de Verdun à trois jours de l’Armistice… La peine doit être immense, le sentiment d’injustice puissant.

La guerre est finie et Léon décide de rejoindre ses frères et sœurs en Tunisie. Il s’installe avec femme et enfants à Ferryville où il est employé à l’Arsenal. Marie ne veut plus repartir, elle a 52 ans, elle est fatiguée… elle rentre à Angoulême où elle s’éteindra en 1930.

Ce récit généalogique m’a été inspiré par les registres matricules de Léon et d’Alexandre. Que pouvait bien faire ses deux frères, natifs d’Angoulême, à Djibouti en 1914 ? Toutes les informations contenues dans ce récit ont été obtenues en consultant différents fonds d’archives.

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